vendredi 4 décembre 2009

Une bulle dans une tasse de thé

2009 touche bientôt à sa fin. Mais j'ai lézardé en chemin, paressant sur le bord du chemin du Tokaido. Vite, il me faut reprendre la route, sous peine de ne pas être au rendez-vous à Kyoto le 31 décembre prochain, dernier jeudi de l'année.

Pardonnez-moi d'avance de vous faire cavaler ainsi sur les chemins d'Hiroshige, mais il faut rattraper cinq jeudis passés à rêvasser.

Je convie à ma promenade Issa Kobayashi, merveilleux poète du XIXe siècle qui dort à mon chevet depuis quelque temps. Issa est une bulle dans une tasse de thé. C'est ce que signifie le nom qu'il s'est choisi lorsqu'il est devenu poète de haiku et qu'il a pris la route le menant loin de sa montagne. Voyez-vous l'éclat de la bulle qui danse à la surface de la tasse de thé ? Il faut bien regarder - c'est si soudain, si éphémère. La poésie d'Issa, le grand voyageur, a porté son regard sur cette bulle à peine perceptible. Isoler l'instant, exprimer la tragédie de la vie dans une poignée de mots. La vie d'Issa fut si douloureuse que je refuse d'en parler ici. Survivre à ses enfants, y a-t-il plus grand drame ?
Pourtant, j'imagine Issa marchant sur le Tokaido, transformant son voyage en poèmes... A-t-il trouvé là moyen de survivre à sa douleur ?

Pas une mince affaire
que d'être né humain
crépuscule d'automne

Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
44e relais : Ishiyakushi
"Temple de Yakushi en pierre" (Ishiyakushiji)


Les pluies de mai !
enserré par les bambous -
mon hameau natal
Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
45e relais : Shono
"L'averse" (Haku-u)



Mes genoux
dans le froid d'une nuit en montagne
si usés
Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
46e relais - Kameyama
"Eclaircie après la neige" (Yukibare)



Les concours de pets
vont bientôt pouvoir recommencer
réclusion hivernale
Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
47e relais : Seki
"Départ matinal du daimyo" (Honjin hayadachi)



L'été en montagne
à chaque pas en montée
la mer apparaît un peu plus
Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
48e relais : Sakanoshita
"Le sommet d'où l'on jette son pinceau" (Fudesute mine)



La plupart des haikus sont tirés de cette édition :
Issa, maître de Haiku - Et pourtant, et pourtant
Traduction de Wing fun Cheng et Hervé Colle
Mondarren, 2006
















dimanche 22 novembre 2009

Les enfants rouges

Vous vous souvenez ? L'autre jour, Maître Moun a fait la promesse de tester chaque samedi midi un nouveau restaurant japonais. Alors vendredi soir, quand Maître Moun a demandé à sa belle "on fait quoi ce week-end ?", Geisha Line lui a rappelé sa promesse (qu'il avait déjà oubliée, vous connaissez la mémoire du Moun !).
Donc samedi, au saut du lit (c'est-à-dire aux environs de midi), direction Paris 3e, métro "Filles du calvaire". Le restaurant élu pour le test hebdomadaire se trouve dans un quartier que nous connaissons peu, au cœur du marché des Enfants rouges. Il s'agit de halles rénovées qui abritent de nombreux marchands de produits frais (poissonnier, boucher, charcutier, primeur...) et produits du terroir, et également plusieurs petits restaurants (marocain, italien...), pris d'assaut au moment du déjeuner.
Le restaurant japonais s'appelle Taéko, du nom de sa cuisinière en chef. originaire de l'île de Kyushu, au sud du Japon. Ouvert depuis 2006, il propose une restauration simple et typiquement japonaise. Les menus du samedi à 12,50 euros sont disposés dans des boites à bento laquées : un plat principal (croquettes de cabillaud, poulet frit, sardines grillées...) présenté avec une petite salade de chou rouge, quelques tranches de sashimis, un gros maki et des champignons marinés. Au fond, de la cuisine japonaise de tous les jours, comme dans les familles.
Bien sûr, il ne faut pas venir ici pour l'intimité. Les repas se prennent à de grandes tables collectives ou sur des petite tables dans l'allée (donc dans le passage des gens qui font leur marché). On est là à deux pas du Marais, dans le plus vieux marché de Paris. Mais, à attendre le brouhaha des voix du personnel en cuisine et des serveuses (qui parlent japonais), à voir les cuisiniers qui s'activent sous la grande halle qui abrite le coin cuisine, on se croirait un peu dans le petit étal d'un restaurateur de plein air, au Japon, en plein festival ou en plein Hanami - un peu comme sur cette photo prise à Tokyo en avril 2008 :
Bien sûr, j'ai dit "un peu", einh !
Par contre, je n'ai pas de photo à vous montrer, car on avait oublié l'appareil photo à la maison (c'est ballot). Heureusement, pour vous faire une idée de ce petit restaurant qui fait aussi traiteur, vous pouvez jeter un coup d'oeil ici.


Chez Taéko
Marché des Enfants rouges
39 rue de Bretagne - 75003 Paris
Tél. 01.48.04.34.59
Métro : Filles du Calvaire, Temple ou République
Ouvert du mardi au samedi de 9 à 19h30, et le dimanche de 9 à 14h.


PS : si vous souhaitez tester avec nous un restau japonais un de ces prochains samedis, faites-nous signe !

dimanche 15 novembre 2009

Illustrateurs à Tokyo

Histoire de redonner vie à ce blog, faisons un petit voyage à Tokyo avec de brillants illustrateurs...

Le premier est Florent Chavouet - que vous connaissez déjà certainement si vous fréquentez la blogosphère (voir ici son site et son blog). Florent a passé six mois à Tokyo, accompagnant sa copine venue au Japon pour un stage. Il a profité de ce break pour se promener dans la ville avec son vélo et surtout son carnet à croquis, visitant tour à tour plusieurs quartiers de la capitale. Cela a donné naissance à un fabuleux carnet de voyage, plein de couleurs et fourmillant de tas de petits détails, publié à son retour en France par les éditions Philippe Picquier : Tokyo Sanpo.J'aime la précision du regard de Florent Chavouet. On le devine assis pendant des heures devant la devanture d'un restaurant ou un fameux "koban" (poste de police) pour en croquer chaque petit détail. Ses cartes, qui ponctuent chaque "chapitre", sont à la fois précises et complètement personnelles, offrant un point de vue subjectif sur Tokyo. On est loin des clichés et de la vision froide de Lost in translation. Au contraire, il y a des tas de petites touches d'humour ici et là. La lecture de ce livre donne envie de retourner illico presto au Japon ! C'est d'ailleurs ce qu'a fait Florent cet été, le chanceux ! Il a fait de ce voyage un second livre qu'on attend avec impatience !
Florent Chavouet, Tokyo Sanpo © Editions Philippe Picquier

Deuxième livre sur le Japon, toujours à Tokyo et toujours par un dessinateur de BD : Tokyoland, de Benjamin Reiss, sous-titré "Les aventures d'un Français au Japon".
Nous sommes ici d'emblée dans la fiction, la scène s'ouvrant dans le futur et le narrateur ne portant pas le même nom que son auteur. Mais on devine facilement que Benjamin Reiss s'est certainement inspiré de sa propre expérience en écrivant les aventures de Jean-Yves Brückman. Peut-on parler d'autofiction ? Son personnage est un étudiant français qui se rend au Japon pour retrouver sa petite-amie japonaise. Arrivé à Tokyo, il ne trouvera aucune trace de sa petite amie, mais, au fil des semaines, il s'adaptera à sa nouvelle vie et en apprendra beaucoup sur lui-même, devant assistant mangaka auprès d'auteurs de BD japonais.
On est ici plus dans le récit de vie (sous forme autobiographique) et le récit initiatique que dans le carnet de voyage. Le récit de la solitude du personnage et de ses errances dans la grande ville prime sur la description de Tokyo. Le dessin est en bichromie, parfois un peu proche de la caricature (pourquoi le héros est-il si petit par rapport aux autres personnages ?). J'ai été un peu déçu par la fin qui se termine selon moi en queue de poisson. Mais Maître Moun et moi avons tout de même été captivés par cette BD lue d'une traite l'autre soir ! Y aura-t-il une suite ? On pourrait s'y attendre, étant donné la fin ouverte.
Benjamin Reiss, Tokyoland, (c) 12-bis

(PS aux éditeurs qui passeraient par là : on dirait que c'est la mode d'éditer des carnets de voyage au Japon. Si vous souhaitez publier le carnet de voyage d'un mouton au Japon, faites-moi signe ! Je suis volontaire pour partir là-bas y écrire un livre ! Non mais, faut bien que ce blog serve à quelque chose !)

  • D'autres avis : sur Tokyo Sanpo (ici) ou sur Tokyoland (ici)
Tokyo Sanpo
Florent Chavouet
Éditions Philippe Picquier
2009

Tokyoland
Benjamin Reiss
Éditions 12-bis
2009





Des sushis aux ciseaux

Maître Moun a pris une bonne résolution hier matin : celle d'aller chaque samedi midi (oui, il a dit "chaque" !) dans un restaurant japonais de la capitale. Attention, un vrai restaurant japonais, faisant de la vraie bonne cuisine du pays, einh, et pas un thaïlando-japonais de quartier ayant acheté à Belleville sa décoration Made in China ! Le but est bien entendu (vous connaissez Maître Moun) purement culturel : Maître Moun entend ainsi parfaire encore mieux sa connaissance de la cuisine japonaise.
Donc hier matin, fi du ménage hebdomadaire et des machines à laver, et direction Saint-Germain des Prés, en plein quartier chic et bobo ! Le premier restau élu par notre testeur professionnel se trouve rue des Ciseaux, dans le 6e, à deux pas de la rue Dufour. Le restaurant Tsukizi porte bien son nom, puisque c'est à l'origine le nom du célèbre marché aux poissons de Tokyo (celui qu'on n'a jamais visité car on est trop flemmard pour se lever aux aurores !). Une fois franchie la porte du tout petit restaurant (un comptoir et une petite salle avec à peine 8 couverts), on se croirait en effet rendu au Japon, dans un de ces petits restaus à sushis familiaux où le Maître Sushis préside derrière son comptoir. Assis juste devant les deux cuisiniers, on peut assister en direct à la confection des plats. Rapidité, maîtrise, précision, concentration... la confection du repas est un vrai spectacle dont on ne se lasse pas de regarder les qualités des acteurs !
Jugez-en un peu par vous-même :
video
Nous avons commandé chacun un menu à 17 euros - sashimis pour Maître Moun, sushis pour Geisha Line. Les plats ne sont pas très copieux, mais le poisson est d'une extrême qualité, fondant sous la langue et le riz cuit exactement à point. Dans les sushis, il y a plus de poisson que de riz... ce qui est normal au Japon, mais pas à Paris généralement ! Et le cuisinier ne lésine pas sur le wasabi... âmes sensibles, soyez prévenus !

On n'a pas goûté les plats à la carte (à part les rouleaux), mais on aurait bien aimé - sauf que c'est quand même assez cher. C'est pour cela que si vous avez une petite bourse, il est conseillé de venir le midi... et surtout de réserver à l'avance !

Après le repas, on avait envie d'un petit dessert. Alors direction Ladurée : changement de décor pour un petit café et des macarons colorés. Comment ça, les Moun ont des goûts de luxe ?!!

  • D'autres avis sur le restau : ici ou ici ou encore .

Tsukizi
2 bis, rue des Ciseaux, 75006 Paris.
Tél . : 01 43 54 65 19
Mardi - Samedi : 12:00 - 14:15 et 19:00 - 22:30. Dim. : 19:00 - 22:00

jeudi 29 octobre 2009

Au vent d'automne

Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
43e relais : Yokkaichi
"Le fleuve Mie" (Miegawa)


J'aime le vent qui s'immisce dans les branches, dans les herbes folles et qui va jusqu'à faire s'envoler les chapeaux des malheureux voyageurs.
J'aime cette mystérieuse silhouette en manteau jaune sur la droite : où va-t-elle ? qui est-elle ?
J'aime ce paysage automnal entre eau et terre, entre terre et ciel.
Et j'aime aussi surtout l'humour de cette scène un peu grotesque. On se croirait dans un vieux film de Chaplin. Le vent est un personnage comique de première classe qui fait s'envoler les couvre-chefs... ou se déchausser les dentiers !

Mauvaise passe !
mes dents se déchaussent
au vent d'automne

Sugiyama Sampû (1647 - 1732)


mardi 27 octobre 2009

Comme des chefs !

J'ai l'infime honneur de fréquenter des apprentis cuisiniers presque aussi bons que des chefs, puisqu'ils gagnent des concours de cuisine japonaise. Si, si, c'est vrai ! Vous pouvez le constater ici !

Du coup, à la maison c'est plus que jamais la fête, Maître Moun au fourneau en cerise sur le gâteau prune sur le riz :
... et Geisha Line jouant les hôtesses zen et sortant le beau service en porcelaine :Merci à notre cher lecteur anonyme (qui se reconnaîtra ?) d'avoir joué les cobayes pour tester en avant-premières ces créations culinaires !

jeudi 22 octobre 2009

Poissons d'automne

Dans un Japon traditionnel, quoiqu'à une époque indéterminée, Yoshi est fabricant d'éventails et Sabu, son voisin, est vendeur d'anguilles grillées. Les deux hommes rivalisent d'aigreur : Yoshi est excédé de voir son voisin griller sous son nez d'excellentes anguilles et Sabu très énervé de voir que personne, même pas son voisin, ne les lui achète. L'odeur du poisson grillé procure autant de plaisir que son goût, prétend le marchand d'éventails. Ah bon !, rétorque Sabu, dans ce cas-là il faut payer pour ce plaisir olfactif ! Mais Yoshi est malin et nargue son voisin en faisant trébucher des pièces de monnaie : si l'argent n'a pas d'odeur, il peut faire du bruit... mais est-ce que le bruit des pièces d'argent vaut salaire ?
Mais ne racontons pas la suite de cet album pour enfants intitulé Le festin de Yoshi ! L'histoire est pleine de malice et met en scène habilement une rivalité... qui finira par une belle amitié. Et quand on sait quelle importance revêt la nourriture chez les Japonais, on comprend qu'un simple poisson grillé puisse avoir un rôle aussi important dans une histoire !
Les illustrations de Yumi Heo sont pleines de finesses. Chaque personnage porte un magnifique kimono, l'illustratrice (d'origine coréenne) jouant sur les textures des étoffes et évoquant une atmosphère raffinée proche de celles des estampes traditionnelles. Le dépaysement est garanti.

En refermant cet album, je n'ai eu qu'une envie : me mettre devant un bon repas japonais ! Le texte évoque le sanma, un poisson du Pacifique, qui, nous dit l'histoire est succulent, bien que dégageant une odeur nauséabonde. Nous sommes aujourd'hui en automne et c'est la saison par excellence du sanma. Les caractères japonais de ce mot signifie en effet "automne-sabre-poisson". Tout un programme !

En attendant, pas de sanma chez mon poissonnier... Alors je me contente de regarder de vieilles photos en salivant. Il va falloir que je retourne rue Sainte Anne vérifier l'expression shokuyoku no aki - "automne, saison du solide appétit" !
Photo prise le 15 avril 2009 à Nagasaki


Le festin de Yoshi

Kimiko Kajikawa
Yumi Heo (illustrations)
Texte français de Dominique Mathieu
Père Castor / Flammarion
2003 (pour l'édition française)

Dans la baie d'Ise

Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
42e relais : Kuwana
"Vers la traversée de sept lieues" (Shichira watashi guchi)


Peu à peu mes poumons
se teignent de bleu -
voyage en mer


Shinohara Hôsaku (1905-1936)

jeudi 15 octobre 2009

A l'assaut !

Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
41e relais : Miya
"La fête d'Atsuta" (Atsuta shinji)

C'est le début de l'été. C'est la fête. Nous sommes à Miya, au sud de Nagoya. Hommes et cheveux font la course pour arriver les premiers au sanctuaire shintô d'Atsuta. Celui-ci abrite, dit-on, un trésor impérial : une épée sacrée attribuée à l'acte de bravoure d'un valeureux héros.
Il y a quelque chose dans cette scène qui tient à la fois du western et de la manifestation virile de rugby (chaque équipe porte des maillots d'une couleur distinctive). J'aimerais avoir avec cette estampe la bande son. Quels cris bestiaux lancent ces hommes en se jetant à l'assaut de leur cible ? Y a-t-il à l'arrière-plan gauche de l'image des supporters acclamant les compétiteurs ?
On dit que les estampes ont des traits fins et délicats. Ici, les visages de ces personnages sont quasiment des caricatures presque grossières.

mardi 13 octobre 2009

Taro et la tortue

Voilà un bon bout de temps que je n'ai pas parlé de mes lectures. C'est que mes lectures ne sont pas très japonaises ces derniers temps et surtout (vraie raison) que j'ai une grande flemme dans la patte !

Mais je tiens quand même à vous dire un mot d'un de mes derniers coups de coeur : l'album Les deux vies de Taro, écrit par Jean-Pierre Kerloc'h et illustré par Elodie Nouhen (publié chez Didier Jeunesse).
L'histoire n'est pas nouvelle. Il s'agit d'une adaptation d'une vieille légende japonaise, aussi connue chez les Japonais que notre Petit chaperon rouge. Jean-Pierre Kerloc'h a en effet réécrit là le conte d'Urashima Taro, l'histoire d'un pêcheur sauvant une tortue. La tortue, animal symbole de longévité, saura lui rendre grâce et le remercier, l'entraînant au fond de l'océan, dans le Royaume de la Mer, où il tombera amoureux de la princesse Otohimé.
Bon, je n'ai pas envie de résumer l'histoire. Il faut que vous la lisiez ! J'aime particulièrement la fin du conte qui ouvre une belle réflexion sur le temps qui passe. Jean-Pierre Kerloc'h a su donner à cette histoire toute sa poésie et sa féerie, choisissant les mots avec justesse et finesse. Les illustrations mettent en valeur le récit, créant un univers onirique et mystérieux. Les tons sont chauds, voire sombres lorsque la tension dramatique monte (lorsque le pêcheur tombe au fond de l'océan). Certes, les images ont parfois un côté plus chinois que japonais (peut-être est-ce le choix du grand chapeau qui me fait dire cela). Mais il y a de magnifiques trouvailles dans le choix graphiques, comme l'utilisation de fils de fer pour figurer les filets du pêcheur, l'utilisation de petites touches dorées quand il s'agit d'évoquer le merveilleux royaume de la mer et surtout les effets de matière et les dégradés qui donnent une fabuleuse épaisseur au dessin.
Une belle union du texte et de l'image. Un beau voyage !

Les deux vies de Taro
Jean-Pierre Kerloc'h
Elodie Nouhen (illustrations)
Didier Jeunesse
2003

  • Une critique du livre sur Sitartmag
  • Pour lire le conte d'Urashima Taro dans une vieille version de 1903, d'un certain Claudius Ferrand
Et pour le plaisir, comme je n'ai pas de scanner pour vous montrer quelques pages de l'album, je vous offre une estampe de Utagawa Kuninaga revisitant la légende de Taro :(Source de l'image ici)

jeudi 8 octobre 2009

Chiffons

Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
40e relais : Narumi
"Spécialité d'Arimatsu-shibori" (Meibutsu Arimatsu-shiborii)

Parlons chiffon sur la route du Tokaïdo. Cette semaine, Geisha Line s'est fabriquée un nouveau sac en tissu japonais (des fleurs de couleurs vives sur un fond noir). Alors c'est pour elle le moment de jouer à l'élégante, comme cette voyageuse que l'on devine à peine dans sa chaise à porteur.
La boutique sur la côté gauche est spécialisée dans la teinture des étoffes. On aperçoit des kimonos bleu nuit accrochés à l'entrée. Mais on ne voit pas bien, c'est dommage. J'aimerais pouvoir entrer dans cette échoppe, toucher tous les beaux tissus et dire au vendeur, d'un air émerveillé, "ah, je ne sais lequel choisir !"

jeudi 1 octobre 2009

Soirée diapos !

Enfin, j'ai mis en ligne les photos du voyage en Corée du Sud et au Japon (Kyushu)... qui datent d'avril 2009.
Mieux vaut tard que jamais, comme on dit !

Pour la soirée diapos, c'est ici :

La vie est un voyage

« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans. C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole.
Écrit, à l’âge de soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard fou de dessin.
»

Katsushika Hokusai, Postface aux cent vues du mont Fuji.


Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
38e relais : Okazaki
"Le pont Yahagi" (Yahagi no hashi)


Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
39e relais : Chiryû
"Foire aux chevaux du début de l'été" (Shuka uma-ichi)


Au bout du chemin, il n'y a peut-être pas seulement la vieillesse. Mais aussi la satisfaction d'être enfin parvenu à la hauteur de soi-même.
Enfin peut-être.

jeudi 17 septembre 2009

Une histoire de voyage

Le temps passe vite : voici un autre jeudi déjà. Même si mon pas ralentit et doit ensuite s'accélérer, je continue mon voyage sur le Tokaïdo.
Ce que j'aimerais un jour, c'est écrire une histoire autour de ce voyage dessiné par les estampes d'Hiroshige. Une histoire pour mettre des mots sur ces images. Une histoire pour faire voyager dans le temps et dans l'espace - et puis dans le rêve aussi.
Mais pour le moment, je ne sais pas comment m'y prendre. Mettre mes mots sur ces magnifiques estampes, ne serait-ce pas présomptueux, voire blasphématoire ? Pourra-t-il y avoir un récit à la hauteur de ce merveilleux univers ?
Et puis aussi, plus concrètement, quel lien narratif pourrait lier toutes ces vues et donner au récit une unité ? Il faudrait inventer un personnage - un personnage extérieur qui rencontrerait tous ces voyageurs, toutes ces geishas, tous ces paysans, et, toujours cheminant, observerait tous ces paysages, franchissant des ponts et traversant des rivières.
Ce personnage verrait par la fenêtre des auberges des servantes servir des invités exigeants :
Hiroshige, Sur la route du Tokaïdo
36e relais : Akasaka
"Les hôtesses de l'auberge" (Ryosha shôfu no zu)

... ou bien il regarderait les pauvres gens s'incliner devant la procession d'un riche seigneur :

Hiroshige, Sur la route du Tokaïdo
37e relais : Fujikawa
"Tête de cortège" (Bôhana no zu)


Mais ce personnage-là, ce personnage qui verrait tout ça, jamais on ne le verrait. Il serait simplement un regard, une voix. Un regard et une voix à travers lesquels il faudrait pouvoir réussir à faire entendre le bruit des pas sur le chemin du Japon d'autrefois.


vendredi 4 septembre 2009

Les femmes

Hiroshige - Sur la route du Tokaido
35e relais : Goyu
"Les femmes qui arrêtent les voyageurs" (Tabibito tome-onna)

Qui a dit que le Japon est un pays sûr ? En tout cas, à l'époque d'Hiroshige, voyager ne semblait pas forcément une entreprise de toute sérénité !
Cette estampe est vraiment surprenante. Vous êtes simple voyageur sur le chemin du Tokaido et imaginez deux harpies qui sautent sur vous et se battent pour vous attirer dans vos filets ! Comment réagiriez-vous ? Les deux voyageurs ne semblent pas en mener large. Quant à la geisha sur la droite, elle ne dit rien, mais n'en pense pas moins. Avez-vous vu le mépris qui se dégage de sa posture ? Rien à voir avec la troisième figure féminine, à droite, à la fenêtre de l'auberge. A quoi rêve-t-elle ?
Hiroshige nous offre là une vision bien masculine de la femme. Je récapitule :
- les hystériques
- la hautaine
- la midinette qui attend le prince charmant
- la vieille servante au service de l'homme (la vieille dame près de la cuvette, tout à droite).
Et pendant ce temps-là, que font les hommes ? Les chanceux se font laver les pieds, tandis que d'autres se retrouvent victimes de la folie féminine. Les pauvres.

mercredi 2 septembre 2009

L'île aux chats

Tous les étrangers qui sont venus en avion en Corée ont entendu parler de Inch'on. Depuis presque une dizaine d'années, c'est là que se trouve l'aéroport de Séoul. C'est donc par cette ville portuaire, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, qu'on arrive aujourd'hui en Corée du Sud. Mais autrefois, Inch'on était une île où vivaient des tigres. Les animaux ont aujourd'hui disparu. Seul le nom s'est maintenu : "l'île aux chats". Ainsi que la misère. Ce roman de la coréenne KIM Chugmi (étiqueté "jeunesse" chez Thierry Magnier) décrit la vie des habitants d'un quartier très pauvre d'Inch'on : Kwaengiburi. En lisant les premiers chapitres, j'ai cru que l'histoire se passait dans un temps assez reculé, tant la misère de ce bidonville est terrible et ne correspondait pas à ce que j'avais pu voir de la Corée. Mais il s'agit bien d'une histoire contemporaine.
L'auteur nous invite dans le quotidien d'enfants de ce quartier pauvre : les jumelles Sukja et Sukhui, dont le père est alcoolique et la mère a quitté la maison ; le jeune Tongjun et son frère aîné, Tongsu, qui a de mauvaises fréquentations et "snife" de la colle. Les enfants sont abandonnés à eux-mêmes : cela fait longtemps que les parents ont baissé les bras et ont perdu l'espoir de s'en sortir. Le quotidien est difficile quand on a n'a pas d'argent pour se nourrir et assurer la vie de tous les jours. Tout le début du roman est vraiment difficile. Il semble que le mauvais sort s'acharne sur ces enfants et, bien souvent, je me suis questionnée : pourquoi prétendre que ce roman est pour adolescents ?
Mais au fil des pages, imperceptiblement, la situation change et, au fil de l'année (et des chapitres), l'espoir renaît. Grâce au personnage central de Pak Yongho : ce jeune homme, qui vient de perdre sa mère, rencontre les frères Tongsu et Tongjum et décident de s'occuper d'eux. Tongsu, qui était résolument contre la société toute entière, reprend foi en la vie et en lui-même : et s'il reprenait le chemin de l'école ? Dans ce foyer recomposé, les jumelles, qui traversent un moment difficile, viennent retrouver réconfort, en particulier grâce à un autre personnage adulte qui vient se greffer à la petite famille : l'institutrice Myonghui qui prend conscience du rôle qu'elle a à jouer auprès des enfants. Grâce à la solidarité, la générosité et l'entraide, la détresse paraît oubliée : il est permis d'espérer.
La narration est de facture classique. Une certaine lenteur, beaucoup de descriptions, de nombreux personnages (avec des noms compliqués pour nous !). Mais ce sont justement ces descriptions qui donnent vie au roman. Par cette petite fenêtre, on en apprend beaucoup sur la Corée : le rôle de l'école et la croyance en l'ascension sociale par le travail, les petits boulots pour s'en sortir (éplucher de l'ail en été et gratter des huîtres en hiver), mais aussi la préparation du kimchi, les repas familiaux à base de nouilles chinoises et de soupe, les fêtes traditionnelles... Les portraits des personnages sont toujours pudiques et bien souvent émouvants (en particulier la petite Sukja, timide et généreuse). Je me suis attachée à cette petite famille... et j'ai même eu envie de retrouver la Corée !

L'île aux chats
KIM Chungmi
Traduction de YANG Jung-Hee
Thierry Magnier
Juin 2008

jeudi 27 août 2009

C'est jeudi et c'est reparti !

C'est la rentrée, hé oui ! Je ne vais plus à l'école depuis belle lurette (car oui, les moutons fréquentent les écoles !) et l'odeur des cahiers neufs et des stylos tout nouveau me manquent. Mais, si je n'ai plus ce rituel-là, il ne faut pas que cela m'empêche un autre rituel : prendre de bonnes résolutions de rentrée ! Et la première de mes résolutions, c'est de reprendre mon chemin sur le route du Tokaïdo, avec Hirsoshige ! Souvenez-vous, j'avais paresseusement arrêté mon voyage à l'issue du 22e relais, début juin.
Mais l'envie de repartir en voyage me démange les pattes. Il me faut reprendre mon voyage imaginaire à travers le Japon des estampes ! Il m'a manqué... pas vous ?
Mais je dois dire que j'ai eu un peu la flemme de reprendre chaque station, comme je le voulais au départ. Alors, trichons un peu : imaginons que pendant ces dernières semaines j'ai voyagé en montgolfière, en direction du Sud. Parti de Fujieda, me voici donc projeté soudainement à Yoshida, au-dessus du fleuve Toyo.
Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
34e station : Yoshida
"Le pont du fleuve Toyo" (Toyogawa-bashi)

J'emprunte aujourd'hui un des plus grands ponts de la route du Tokaido. C'est que le fleuve est large et profond : impossible de le traverser à la nage. Au premier plan, sur la droite, des ouvriers ont édifié un échafaudage de bambou. Ils retapent le château du seigneur.
Il y a dans cette estampe quelque chose d'inachevé. Un peu comme si les hommes et les couleurs partaient à la conquête du ciel, laissé vierge encore de toute exploration. J'ai envie de conquérir ce ciel et de le recouvrir de mille couleurs !

lundi 24 août 2009

Le pays des vikings et des hot-dogs

Voilà voilà, mes gentils maîtres, cyclo-pédaleurs devant l'Éternel, sont revenus ! Ils sont entiers, ont des mollets en béton et la tête bien aérée (tant le vent a soufflé entre leurs deux oreilles !). Quoi qu'en dise Maître Moun, ne le croyez pas et sachez que la vérité vraie est celle-ci : le Danemark à vélo, c'était super !
C'est un pays à recommander à tous les cyclistes et à tous les amateurs de paysages sauvages et maritimes. Et à tous les moutons globe-trotteurs, également, parce qu'on croise quelques potes (même s'il n'y en a pas autant qu'aux Pays-Bas).

Voici un petit bilan chiffré des aventures mounesques de l'été 2009 à vélo :

- 900 km pédalés
- 16 nuits sous la tente, dont 1/3 passées dans des "primitive tent plads" : ce sont de supers endroits pour camper dans la nature, dans un terrain aménagé et protégé, avec des petites cabanes en bois pour s'abriter

- 1 kg de muscles gagnés par Geisha Line (mais un petit bourrelet ventral envolé !)
- 3 hot-dogs géants avalés par Maître Moun (et moi)
- 4 sacs égarés par l'aéroport à l'arrivée à Copenhague (merci SAS, la compagnie aérienne) et retrouvés deux jours plus tard

- 2 paquets de chamalows dégustés en guimauve fondante et quelques saucisses devant les feux de camps préparés par Maître Moun, dont le nouveau surnom est "Le Bucheron"
- 1 coup de soleil attrapé par Geisha Line dans le bas du dos (et une leçon apprise : quand on fait du vélo, il faut mettre des tee-shirts longs au niveau de la taille)
- 2 dunes escaladées, dont l'une est la 2e plus grande d'Europe après la dune du Pyla (Råbjerg Mile) et l'autre cache un phare ensablé
- 2 trajets en train (avec les vélos) et 3 ou 4 petits ferrys (toujours avec les vélos, pardi !)
En résumé, après avoir joué les touristes "normaux" à Copenhague et Odense (la ville natale d'Andersen, dans le centre du pays), nous avons rejoint en train la côte de la mer du Nord, tout à l'ouest du pays, pour commencer la randonnée à Esbjerg. Là, facile, nous avons suivi tout le temps le panneau de la route 1, en filant droit vers le Nord, jusqu'au bout du bout du continent européen : Skagen, là où deux mers se rencontrent et s'opposent à coups de vagues contraires. Arrivés là haut, on ne pouvait plus s'arrêter de pédaler, alors on est redescendus : on a pris la route 5, jusqu'à Aarhus, la deuxième plus grande ville du Danemak. En gros, on a fait une bonne partie du tour de la plus grande île du Danemark : le Jutland.
Voici un plan pour visualiser le trajet :

Comme je ne suis pas sûr d'avoir le courage de recopier mes notes de voyage, voici quelques remarques en vrac sur le Danemark et leurs vikings d'habitants :

- La partie Ouest du Jutland est bien plus sauvage que la partie Est. Sur la côte de la mer du Nord, on a roulé au milieu des dunes, couvertes de lande et de bruyères. On a assisté à de beaux couchers de soleil sur d'immenses plages de sable fin.Et must du must, on a même fait du vélo sur la plage ! Si, si, une quinzaine de kilomètres, tout près des vagues !

La partie Est est plus vallonnée et traverse de nombreuses forêts de pins et de sapins. Ca monte et ça descend. Sachez ceci : le Danemark n'est pas vraiment un pays plat ! Si vous osez dire cette contre-vérité à Maître Moun, vous risquez d'attraper deux baffes !

- Tout est fait pour le vélo au Danemark : pistes cyclables partout, garages à vélo devant tous les magasins, transport aisé en train et même en bus (il suffit d'acheter un ticket pour sa bicyclette). Les automobilistes savent conduire avec des vélos autour d'eux et les respectent. D'ailleurs, les cyclistes respectent eux aussi le code de la route. C'est un plaisir de rouler là bas - et pas une lutte pour la vie, comme à Paris.

- Les Danois sont des gens hyper civiques. A côté, les Français apparaissent comme des sauvages. Les campings sont impeccables : les vacanciers nettoient tout parfaitement après leur passage. A croire que ce sont des maniaques de la propreté. On peut s'arrêter devant une boutique sans attacher son vélo et tout retrouver intact une heure après (dans les campagnes... mais peut-être ne faut-il pas tenter tout de même l'expérience à Copenhague). Au final, c'est un pays reposant, car chacun a le souci de la tranquillité de son prochain et on ne se sent pas importuné ou agressé.

- On peut acheter des fruits et légumes frais dans les petits villages. Les habitants vendent devant chez eux le surplus de leurs jardins. On s'arrête devant une petite table où les légumes sont disposés, on regarde le prix des patates (kartofler en danois) ou des prunes, on met l'argent dans la petite boite... et on repart avec ses légumes !

- Les Danois sont de gros buveurs de bierre. Même Maître Moun en était choqué ! Les hommes comme les femmes boivent de la Tuborg comme si c'était de l'Evian. Et ils tiennent bien l'alcool, croyez-moi !

- La vie est très chère. Heureusement, quand on pédale toute la journée, on n'est pas trop tenté de consommer ! Au restaurant, il faut payer pour boire un verre d'eau du robinet. Une dizaine de couronnes par verre !

- La gastronomie danoise n'est pas le point fort du pays. On a cherché à manger danois, mais on n'a pas vraiment trouvé ! Les plats de base sont le hot-dog et l'hamburger baignant dans des sauces bien grasses. Ne pas aller là-bas si on espère faire un régime amaigrissant !

- Les Danois aiment vivre dans la nature, et ça se voit ! Il y a des campings partout et un bon nombre de "camps primitifs". On a le droit de faire des feux (presque) partout. Certaines zones sont protégées et on y croise de nombreux oiseaux migrateurs.

- Nous avons croisé des milliers de coccinelles. Il paraît qu'elles viennent de Chine et que leur sur-population n'avait pas vraiment été prévue. Par endroit, c'était vraiment impressionnant.

Il y aurait encore plein de choses à dire... mais gardons le mystère ! N'avez-vous pas envie de passer vos prochaines vacances au Danemark ?! (Non, on n'a pas d'action pour l'office du tourisme de ce pays !)

Et l'année prochaine ? En toute logique, Geisha Line aimerait bien continuer la route de la mer du Nord : les prochaines étapes sont la Suède et la Norvège, deux pays qui font rêver ma maîtresse. Mais il semble que convaincre Maître Moun de passer de nouveau des vacances à vélo soit très très difficile... Le valeureux cycliste veut partir l'année prochaine en hotel-club ! Diable, trahirait-il sa réputation de cycliste émérite ?!!