dimanche 15 novembre 2009

Illustrateurs à Tokyo

Histoire de redonner vie à ce blog, faisons un petit voyage à Tokyo avec de brillants illustrateurs...

Le premier est Florent Chavouet - que vous connaissez déjà certainement si vous fréquentez la blogosphère (voir ici son site et son blog). Florent a passé six mois à Tokyo, accompagnant sa copine venue au Japon pour un stage. Il a profité de ce break pour se promener dans la ville avec son vélo et surtout son carnet à croquis, visitant tour à tour plusieurs quartiers de la capitale. Cela a donné naissance à un fabuleux carnet de voyage, plein de couleurs et fourmillant de tas de petits détails, publié à son retour en France par les éditions Philippe Picquier : Tokyo Sanpo.J'aime la précision du regard de Florent Chavouet. On le devine assis pendant des heures devant la devanture d'un restaurant ou un fameux "koban" (poste de police) pour en croquer chaque petit détail. Ses cartes, qui ponctuent chaque "chapitre", sont à la fois précises et complètement personnelles, offrant un point de vue subjectif sur Tokyo. On est loin des clichés et de la vision froide de Lost in translation. Au contraire, il y a des tas de petites touches d'humour ici et là. La lecture de ce livre donne envie de retourner illico presto au Japon ! C'est d'ailleurs ce qu'a fait Florent cet été, le chanceux ! Il a fait de ce voyage un second livre qu'on attend avec impatience !
Florent Chavouet, Tokyo Sanpo © Editions Philippe Picquier

Deuxième livre sur le Japon, toujours à Tokyo et toujours par un dessinateur de BD : Tokyoland, de Benjamin Reiss, sous-titré "Les aventures d'un Français au Japon".
Nous sommes ici d'emblée dans la fiction, la scène s'ouvrant dans le futur et le narrateur ne portant pas le même nom que son auteur. Mais on devine facilement que Benjamin Reiss s'est certainement inspiré de sa propre expérience en écrivant les aventures de Jean-Yves Brückman. Peut-on parler d'autofiction ? Son personnage est un étudiant français qui se rend au Japon pour retrouver sa petite-amie japonaise. Arrivé à Tokyo, il ne trouvera aucune trace de sa petite amie, mais, au fil des semaines, il s'adaptera à sa nouvelle vie et en apprendra beaucoup sur lui-même, devant assistant mangaka auprès d'auteurs de BD japonais.
On est ici plus dans le récit de vie (sous forme autobiographique) et le récit initiatique que dans le carnet de voyage. Le récit de la solitude du personnage et de ses errances dans la grande ville prime sur la description de Tokyo. Le dessin est en bichromie, parfois un peu proche de la caricature (pourquoi le héros est-il si petit par rapport aux autres personnages ?). J'ai été un peu déçu par la fin qui se termine selon moi en queue de poisson. Mais Maître Moun et moi avons tout de même été captivés par cette BD lue d'une traite l'autre soir ! Y aura-t-il une suite ? On pourrait s'y attendre, étant donné la fin ouverte.
Benjamin Reiss, Tokyoland, (c) 12-bis

(PS aux éditeurs qui passeraient par là : on dirait que c'est la mode d'éditer des carnets de voyage au Japon. Si vous souhaitez publier le carnet de voyage d'un mouton au Japon, faites-moi signe ! Je suis volontaire pour partir là-bas y écrire un livre ! Non mais, faut bien que ce blog serve à quelque chose !)

  • D'autres avis : sur Tokyo Sanpo (ici) ou sur Tokyoland (ici)
Tokyo Sanpo
Florent Chavouet
Éditions Philippe Picquier
2009

Tokyoland
Benjamin Reiss
Éditions 12-bis
2009





Des sushis aux ciseaux

Maître Moun a pris une bonne résolution hier matin : celle d'aller chaque samedi midi (oui, il a dit "chaque" !) dans un restaurant japonais de la capitale. Attention, un vrai restaurant japonais, faisant de la vraie bonne cuisine du pays, einh, et pas un thaïlando-japonais de quartier ayant acheté à Belleville sa décoration Made in China ! Le but est bien entendu (vous connaissez Maître Moun) purement culturel : Maître Moun entend ainsi parfaire encore mieux sa connaissance de la cuisine japonaise.
Donc hier matin, fi du ménage hebdomadaire et des machines à laver, et direction Saint-Germain des Prés, en plein quartier chic et bobo ! Le premier restau élu par notre testeur professionnel se trouve rue des Ciseaux, dans le 6e, à deux pas de la rue Dufour. Le restaurant Tsukizi porte bien son nom, puisque c'est à l'origine le nom du célèbre marché aux poissons de Tokyo (celui qu'on n'a jamais visité car on est trop flemmard pour se lever aux aurores !). Une fois franchie la porte du tout petit restaurant (un comptoir et une petite salle avec à peine 8 couverts), on se croirait en effet rendu au Japon, dans un de ces petits restaus à sushis familiaux où le Maître Sushis préside derrière son comptoir. Assis juste devant les deux cuisiniers, on peut assister en direct à la confection des plats. Rapidité, maîtrise, précision, concentration... la confection du repas est un vrai spectacle dont on ne se lasse pas de regarder les qualités des acteurs !
Jugez-en un peu par vous-même :
video
Nous avons commandé chacun un menu à 17 euros - sashimis pour Maître Moun, sushis pour Geisha Line. Les plats ne sont pas très copieux, mais le poisson est d'une extrême qualité, fondant sous la langue et le riz cuit exactement à point. Dans les sushis, il y a plus de poisson que de riz... ce qui est normal au Japon, mais pas à Paris généralement ! Et le cuisinier ne lésine pas sur le wasabi... âmes sensibles, soyez prévenus !

On n'a pas goûté les plats à la carte (à part les rouleaux), mais on aurait bien aimé - sauf que c'est quand même assez cher. C'est pour cela que si vous avez une petite bourse, il est conseillé de venir le midi... et surtout de réserver à l'avance !

Après le repas, on avait envie d'un petit dessert. Alors direction Ladurée : changement de décor pour un petit café et des macarons colorés. Comment ça, les Moun ont des goûts de luxe ?!!

  • D'autres avis sur le restau : ici ou ici ou encore .

Tsukizi
2 bis, rue des Ciseaux, 75006 Paris.
Tél . : 01 43 54 65 19
Mardi - Samedi : 12:00 - 14:15 et 19:00 - 22:30. Dim. : 19:00 - 22:00

jeudi 29 octobre 2009

Au vent d'automne

Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
43e relais : Yokkaichi
"Le fleuve Mie" (Miegawa)


J'aime le vent qui s'immisce dans les branches, dans les herbes folles et qui va jusqu'à faire s'envoler les chapeaux des malheureux voyageurs.
J'aime cette mystérieuse silhouette en manteau jaune sur la droite : où va-t-elle ? qui est-elle ?
J'aime ce paysage automnal entre eau et terre, entre terre et ciel.
Et j'aime aussi surtout l'humour de cette scène un peu grotesque. On se croirait dans un vieux film de Chaplin. Le vent est un personnage comique de première classe qui fait s'envoler les couvre-chefs... ou se déchausser les dentiers !

Mauvaise passe !
mes dents se déchaussent
au vent d'automne

Sugiyama Sampû (1647 - 1732)


mardi 27 octobre 2009

Comme des chefs !

J'ai l'infime honneur de fréquenter des apprentis cuisiniers presque aussi bons que des chefs, puisqu'ils gagnent des concours de cuisine japonaise. Si, si, c'est vrai ! Vous pouvez le constater ici !

Du coup, à la maison c'est plus que jamais la fête, Maître Moun au fourneau en cerise sur le gâteau prune sur le riz :
... et Geisha Line jouant les hôtesses zen et sortant le beau service en porcelaine :Merci à notre cher lecteur anonyme (qui se reconnaîtra ?) d'avoir joué les cobayes pour tester en avant-premières ces créations culinaires !

jeudi 22 octobre 2009

Poissons d'automne

Dans un Japon traditionnel, quoiqu'à une époque indéterminée, Yoshi est fabricant d'éventails et Sabu, son voisin, est vendeur d'anguilles grillées. Les deux hommes rivalisent d'aigreur : Yoshi est excédé de voir son voisin griller sous son nez d'excellentes anguilles et Sabu très énervé de voir que personne, même pas son voisin, ne les lui achète. L'odeur du poisson grillé procure autant de plaisir que son goût, prétend le marchand d'éventails. Ah bon !, rétorque Sabu, dans ce cas-là il faut payer pour ce plaisir olfactif ! Mais Yoshi est malin et nargue son voisin en faisant trébucher des pièces de monnaie : si l'argent n'a pas d'odeur, il peut faire du bruit... mais est-ce que le bruit des pièces d'argent vaut salaire ?
Mais ne racontons pas la suite de cet album pour enfants intitulé Le festin de Yoshi ! L'histoire est pleine de malice et met en scène habilement une rivalité... qui finira par une belle amitié. Et quand on sait quelle importance revêt la nourriture chez les Japonais, on comprend qu'un simple poisson grillé puisse avoir un rôle aussi important dans une histoire !
Les illustrations de Yumi Heo sont pleines de finesses. Chaque personnage porte un magnifique kimono, l'illustratrice (d'origine coréenne) jouant sur les textures des étoffes et évoquant une atmosphère raffinée proche de celles des estampes traditionnelles. Le dépaysement est garanti.

En refermant cet album, je n'ai eu qu'une envie : me mettre devant un bon repas japonais ! Le texte évoque le sanma, un poisson du Pacifique, qui, nous dit l'histoire est succulent, bien que dégageant une odeur nauséabonde. Nous sommes aujourd'hui en automne et c'est la saison par excellence du sanma. Les caractères japonais de ce mot signifie en effet "automne-sabre-poisson". Tout un programme !

En attendant, pas de sanma chez mon poissonnier... Alors je me contente de regarder de vieilles photos en salivant. Il va falloir que je retourne rue Sainte Anne vérifier l'expression shokuyoku no aki - "automne, saison du solide appétit" !
Photo prise le 15 avril 2009 à Nagasaki


Le festin de Yoshi

Kimiko Kajikawa
Yumi Heo (illustrations)
Texte français de Dominique Mathieu
Père Castor / Flammarion
2003 (pour l'édition française)