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mardi 31 mars 2009

J moins 1

Voilà, mes maîtres adorés ont (à peu près) bouclé leur boulot, mis de l'ordre dans leurs dossiers importants, ignoré les commentaires jaloux des collègues qui-partent-pas-en-vacances-eux-et-c'est-trop-pas-juste... OUF ! Ils sont en vacances... et ils arrivent à peine à y croire !

Mais pour profiter de leurs vacances, y'a encore quelques petits trucs à faire avant le décollage demain soir à Roissy. Comme par exemple changer 1 million 500 mille won pour garnir le porte-feuille et se prendre pour des riches ! Ou encore trouver des solutions aux problèmes existentiels (est-ce que je prends mon pull bleu ou mon rouge ?)

En tout cas, moi, je suis fin prêt ! Le Ninja est chez Papicha et Mamicha depuis deux jours et je respire à nouveau. En plus, Geisha Line ne m'a pas oublié et m'a mis en bonne posture dans ses bagages, entre quelques unes de ses créations couturesques (la pochette noir et rose pour l'Eee-PC et la pochette orange pour ranger les papiers importants), son carnet de notes dont les pages vierges attendent de jolis mots et bien sûr le guide de voyage qu'il va falloir potasser dans l'avion :
Revenez souvent par ici pour suivre notre itinéraire coréano-japonais ! Grâce au PC de madame et, on l'espère, au WIFI, vous devriez pouvoir suivre très régulièrement nos aventures !

A bientôt !

mercredi 25 mars 2009

Carnet de route, version 2009

Saviez-vous que même sur le périph' parisien il y a des cerisiers en fleurs ? Si, si, la preuve ici, de l'autre côté du volant de Maître Moun : Des sakuras, il n'y en pas que sur le périphérique, il y en a aussi dans le tout petit jardin près duquel Geisha Line passe pour aller au bureau. Tous les jours, les fleurs sont un peu plus épanouies, surtout lorsqu'un rayon de soleil vient les chatouiller. Et tous les jours, Geisha Line peste de n'être qu'ici, là où les cerisiers en fleurs se comptent sur les doigts d'une seule main et où personne ne pense à les admirer et à les photographier... et non là-bas, où l'arrivée du printemps est une fête et où les admirateurs des sakuras n'en peuvent plus de s'exclamer devant la beauté des fleurs volantes.

Bon, là, c'était mon quart d'heure de poésie gratuite, juste pour vous dire que chez les Moun on a hâte d'aller là-bas, à l'extrême de l'Orient ! Mes maîtres râlent devant le temps qui passe, car ils se disent que le temps d'arriver vers ce fameux là-bas,les cerisiers ne seront plus en fleurs et la fête du printemps sera terminée...

Pourtant, il n'y a plus beaucoup de temps à attendre ! Dans une semaine jour pour jour, les Moun s'apprêteront à prendre l'avion. Oui, Maître Moun a enfin imprimé les billets d'avion et il n'y pas plus qu'à faire les derniers préparatifs, comme l'année dernière (sauf que, euh, on est un peu moins avancé à l'heure qu'il est !).

Histoire de patienter, voici en avant-première la feuille de route du voyage en Corée et au Japon des Moun, version 2009 :
- 1er avril : départ pour Séoul... et arrivée le lendemain dans l'après-midi
- Du 2 au 6 avril : Séoul, avec plusieurs excursions autour de la ville, dont probablement une journée près de la ligne de démarcation
- 7 avril : Andong (à confirmer ? on n'a pas réservé et on peut changer d'avis...)
- 8 et 9 avril : Gyeongju
- 10 avril : Busan
- Du 11 au 14 avril : île de Jeju-do, avec une nuit à Seongsan-ri (?) et deux nuits à Seogwipo. Il paraît que cette île est la Hawaï asiatique où tous les jeunes mariés viennent passer leur lune de miel. Cool !
- 14 avril au soir : on s'envole pour le Japon, direction Fukuoka !
- 15 avril : Nagazaki
- 16 avril : Beppu et ses sources de l'Enfer
- 17 et 18 avril : Aso pour faire un peu de randonnée
- Du 19 au 21 avril : Fukuoka...
... et retour à Paris, parce qu'il le faut bien !

Cet emploi du temps est le fruit de longs dimanches à feuilleter les Lonely Planet et à fréquenter les forums de voyage sur Internet. Mine de rien, ça prend du temps de préparer un tel voyage !

Chers lecteurs qui, peut-être, connaissez le Japon et/ou la Corée, avez-vous des suggestions à nous faire ? Ah, et puis, si vous habitez là-bas et que vous avez envie de rencontrer des petits touristes français, faites-nous signe ! On en serait ravis !

jeudi 27 mars 2008

Ce n'est qu'un au-revoir !

A l'heure qu'il est, Maître Moun (qui est déjà en vacances) est sans doute en train de courir tout Paris pour faire les derniers achats et en particulier se procurer les derniers yen. Ce matin, avant de partir au boulot, Geisha Line a donné à Maître Moun une longue liste de choses à faire. Elle espère qu'en rentrant ce soir, tout sera fait... à commencer par les bagages de Maître Moun. Geisha Line se réserve le soin de faire son propre sac. La tâche sera rude : les milliards de trucs qu'elle a prévu d'emporter entreront-ils dans le gros sac à dos ? Si ce n'est pas le cas, je sens que je vais la voir se morfondre face au dilemme de savoir quoi laisser de côté.
Bref, vous l'avez compris, ceci est probablement mon dernier post écrit de France. Dans 24 heures, nous serons dans l'avion, au mieux devant un plateau-repas de spaghetti à la carbonara (on part avec une compagnie italienne, on mangera peut-être italien, qui sait ?), au pire coincés sur des sièges minuscules entre des Japonais endormis et des Italiens trop bavards, en train de nous mater notre troisième film américain sur des écrans minuscules.

J'ai jeté un coup d'oeil à la météo. A priori, le temps à Tokyo ne peut être que meilleur qu'à Paris. Si on en croit les prévisions, on devrait arriver avec la pluie, mais le soleil devrait bientôt nous rejoindre :
Ce qui est sûr, c'est qu'il est plus que temps qu'on arrive, car les cerisiers sont déjà en fleurs et si on traîne plus on risquerait de rater les sakura. Est-ce un effet du réchauffement climatique ? Cette année, la floraison des cerisiers a cinq jours d'avance.
J'espère pouvoir vous envoyer quelques mails depuis le Japon. Apparemment, les claviers d'ordinateur ne sont pas qu'en caractères barbares, et on y trouve aussi notre alphabet romain :

(source de l'image ici)

Ne vous inquiétez pas si on ne téléphone pas trop souvent (et message perso à ceux qui se reconnaîtront : n'oubliez pas de prévenir les parents qui n'ont pas Internet !).

Sayonara, comme dit le beau Marlon... ou plutôt matane (じゃ、またね = à bientôt !) comme nous diront nos amis japonais !

mardi 25 mars 2008

Bon débarras

Enfin, on s'est débarrassé du chat ! Ouf, je vais pouvoir respirer et vivre ma vie de mouton en peluche en toute quiétude. Mina le ninja est partie ce week-end chez Papichat et Mamichat, dans la maison aux mille bibelots, surnommée l'annexe du château de Versailles. J'en connais une qui va bien s'amuser, jouant avec les plantes et toutes les petites choses en porcelaine qui décorent les meubles !
Papichat et Mamichat ont eu pour consignes de se méfier de ce jeune monstre qui, pour avoir des croquettes, est prêt à toutes les gentillesses et les câlineries. Vous savez, un peu comme le chat du dessin animé Shrek ! La mission de ses maîtres adoptifs est de ne pas faire prendre de poids à Mina qui est déjà bien assez grosse comme ça pour son âge (8 mois).3 k 300 à la dernière pesée. Combien pèsera la bête après un mois entier à jouer les princesses de Versailles ? Les paris sont ouverts !

Bon, je ne sais pas où en sont mes maîtres. Mais moi je suis quasi prêt à partir !

Je me suis même trouvé un bouquin sympa pour lire dans l'avion : La course au mouton sauvage, de l'écrivain japonais contemporain Haruki Murakami. Un bouquin écrit pour moi !


La boulette

Dimanche après-midi, alors qu'elle s'apprêtait à confirmer une réservation prise il y a plus de deux mois, Geisha Line s'est aperçue par inadvertance qu'elle s'était quelque peu emmêlée dans les dates de réservations des hébergements. Quand je dis "quelque peu", c'est pour faire un doux euphémisme et ménager ma maîtresse. En vérité, elle s'est complètement gourée et a reporté dans son beau tableau Excel de mauvaises dates, décalant une partie des étapes prévues pour le voyage. En gros, elle avait, sans s'en apercevoir, réservé pour les mêmes jours deux hébergements (situés à plusieurs centaines de kilomètres de distance) et pour d'autres jours aucun ! Quand elle s'est aperçue de sa bévue, Geisha Line s'est auto-flagellée. Quand il a appris l'erreur de sa femme, Maître Moun l'a flagellée à son tour. Mais elle a rétorqué qu'il aurait pu lui aussi s'en apercevoir car après tout il était censé également organiser le voyage. Résultat : Geisha Line s'est mise à flageller Maître Moun.Bref, heureusement que moi j'étais en sécurité à l'abri dans mon tas d'affaires à apporter, car ainsi j'ai pu échapper à la séance de flagellations !

Mais mes maîtres n'ont pas tardé à reprendre les choses en main et ont profité du lundi de Pâques férié pour réparer leur cafouillage. Ils ont ainsi passé leur matinée à trouver de nouveaux ryokans sur Internet ou dans les guides, à appeler le Japon et avoir des conversations surréalistes avec des Japonais qui baragouinent un anglais plus qu'approximatif (il s'agit là aussi d'un doux euphémisme). Grâce à cette expérience, Maître Moun a appris la signification de "mochi mochi" (= "allo !") au téléphone et a pu découvrir que les Japonais avaient beau être polis et tout et tout, ils pouvaient parfois raccrocher au nez de leur interlocuteur (on a sans doute fait de faux numéros, notre guide touristique ne notant pas dans les adresses les indicatifs de région !).

Maître Moun et Geisha Line sont bien contents de s'être aperçus à temps de leur boulette qui est déjà réparée. Cela leur aura permis de leur éviter quelques prises de tête une fois sur place. Ils en ont profité pour modifier un peu l'itinéraire du voyage : l'anniversaire de mariage du 1er avril se fêtera à Hakone, avec la belle vue sur le Mont Fuji, au lieu de Bessho Onsen qui est décalé de cinq jours. Au lieu de Takayama et de son festival (dont les dates ne peuvent plus correspondre au planning), nous irons prendre un bol d'air pur en montagne à Nagano, ex-ville des jeux olympiques, et un peu plus au nord à Yudanaka. Maître Moun se réjouit d'avance de son séjour à Yudanaka (ce n'est pas un euphémisme ici, mais une anti-phrase !) : il y a dans cette région une réserve naturelle de singes qui se baladent en liberté et viennent se baigner dans les sources chaudes des onsen.

Un futur copain à Yudanaka ?
Source de la photo ici

Pour le nouvel itinéraire, voir ici.


jeudi 20 mars 2008

Check-list

Le temps passe... Voilà, dans une semaine tout juste, nous nous apprêterons à passer notre dernière soirée en France avant de décoller le lendemain matin pour le pays du soleil levant. Comme vous le savez, je suis un mouton organisé. Faisons donc la check-list des dernières choses à faire avant de boucler bagage !
  • Réaliser les dernières réservations d'hôtels --> c'est fait depuis un moment déjà (pour une fois qu'on prépare les choses très à l'avance, c'est à marquer d'une pierre blanche !). Reste plus qu'à confirmer une ou deux réservations, comme demandé par un ou deux établissements.
  • Aller à l'Office de Tourisme du Japon à Paris --> c'est fait depuis hier ! Geisha Line a profité d'une réunion organisée dans le coin (dans le quartier Opéra) pour y faire un tour. Elle n'a pas regretté : elle est revenue avec pleins de prospectus et de cartes hyper utiles.
  • Se souvenir dans quel placard on a rangé les passeports --> pas fait. Une exploration spéléologique dans la maison s'impose, mais on devrait y venir à bout rapidement.
  • Préparer les affaires à emporter --> presque fait pour Geisha Line, qui a commencé à faire un petit gros tas de fringues et autres objets à mettre dans le sac à dos. Du côté de Maître Moun, la préparation des bagages est encore en phase de projet conceptuel, comme le prouve les images ci-dessous :
Devinez quel tas correspond aux affaires de la fille et lequel à celui du garçon...

  • Changer des euros pour des yens --> pas fait. On s'en occupe ce week-end, promis. Faut aussi que Maître Moun cesse d'oublier d'appeler la banque pour leur dire qu'on risque d'avoir une grosse sortie d'argent inhabituelle.
  • Finir les boulots en cours pour partir l'esprit tranquille --> pas fait. C'est là qu'on voit que pour réussir à prendre trois semaines de vacances il faut travailler trois fois plus avant de partir. Enfin je parle pour mes maîtres, moi, ça va, je peux me reposer (je suis mouton au foyer, je vous le rappelle).
  • Se débarrasser du chat --> pas fait... triple hélas ! Heureusement, la bête a l'air pressée de changer d'air et a d'ailleurs déjà préparé ses bagages :
  • Charger le I-Pod de musiques pour pouvoir écouter un peu de chansons françaises en cas de mal du pays --> presque fait. La pile des livres à emporter pour lire dans l'avion et dans le train est constituée, elle aussi. Reste à faire le tri, histoire de ne pas avoir un sac de trois tonnes (le I-Livre n'est pas encore tout à fait au point...)
  • Préparer une petite pharmacie de base, au cas où --> pas fait. Mais si l'on en croit le médecin de Geisha Line, il suffirait d'emporter une boite de Doliprane et... un casque contre les tremblements de terre ! Ah, l'humour du corps médical !
  • Faire le point sur le matériel photographique à emporter (piles ? cartes mémoires ? pellicules ?) --> pas tout à fait fait. Hier soir, Maître Moun a ressorti son vieux réflex argentique et s'est demandé s'il l'emportait pour faire des photos en noir et blanc. Etant donné que Maître Moun n'a pas encore développé les pellicules prises il y a trois ans (ainsi que les photos du mariage), Geisha Line lui a fait remarqué que ce n'était pas forcément une si bonne idée...
  • S'exercer à photographier les arbres en fleurs --> c'est fait, comme le prouve la photo ci-dessous, prise dans un square, près du bureau de Geisha Line :
  • Ne pas oublier de me mettre dans la valise --> pas encore fait avec certitude, hélas ! Ce serait ballot de ne pas emporter le mouton en peluche, alors que ce blog est censé est le sien, n'est-ce pas ?!!

mardi 18 mars 2008

Métropolitains

Voici une image :(Source de l'image ici)

Ça fout un peu les jetons, non ? Il s'agit du plan de métro de Tokyo, dans la langue du pays, c'est-à-dire avec les noms en caractère kanji. Hum, cela me laisse sceptique... Certes, il y a de jolies couleurs, un peu comme sur le plan du métro parisien. Mais vu d'ici, essayer de se repérer sur ce plan, c'est un peu comme si on se lançait dans un énorme jeu de piste. Et ajoutons à cet imbroglio de lignes et de signes barbares (au sens quasi étymologique du terme), les faits suivants :
- la ville de Tokyo s'étend sur une superficie de 2 187 km², pour une population de 12,29 millions d'habitants, contre 105 km² pour Paris qui est donc 20 fois plus petite, bien que ce soit la plus grande ville de France (source des chiffres ici) ;
- il y a plusieurs compagnies de métro et non pas une bonne vieille RATP comme chez nous, ce qui signifie, si j'ai bien compris, qu'il y a plusieurs sortes de tickets ;
- le prix du billet varie en fonction de la distance parcourue, donc il n'est pas si aisée de savoir à l'avance combien on va devoir payer son ticket.
Je n'ai pas encore testé toutes ces infos, lues entre autres ici. J'ai dans l'idée qu'il faut s'armer de patience quand on est un pauvre petit mouton débarquant de son Europe natale...
D'un autre côté, on pourrait dire que tout est une question d'habitude. Si je montre ce plan à un étranger n'ayant jamais mis les pieds à Paris (ou même à un provincial qui n'a pas trop quitté sa campagne) :
(source de l'image : RATP)

... le néophyte en métropolitain parisien pourrait bien se trouver décontenancé face à toutes ces lignes qui se coupent les unes les autres, alors que pour moi, même si je ne prends pas tous les jours le métro, j'ai à peu près le plan dans la tête et connais les lignes par leur numéro.

Concluons cet article ferroviaire par quelques souvenirs personnels de Geisha Line. En regardant ces plans, elle s'est mise à penser à tous les métros qu'elle avait pris dans sa vie. En fait, elle s'est rendue compte qu'il n'y en avait pas tant que ça :
- le métro de Londres, avec ses wagons bas de plafond, ses multiples caméras qui pourraient vous faire prendre pour une star et ses "Mind the gap" ;
- le métro de Barcelone, dont Geisha Line avait arpenté les couloirs impeccables avec son correspondant espagnol, peu de temps après les JO de 1992 ;
- le métro de Rome, dont Geisha Line n'a quasiment aucun souvenir car elle était en 6e en voyage scolaire quand elle l'a pris la première fois ;
- le métro d'Amsterdam, dont Geisha Line a un souvenir plutôt embrouillé pour l'avoir emprunté à 5h30 du matin, après une nuit passée dans le bus Paris-Amsterdam ;
- le métro de Toulouse, quasiment mono-ligne, qui a bien du mal à ressembler à un vrai métro.
Tout compte fait, cela fait vraiment peu de métros. Avant d'en tester d'autres, dans les autres pays du monde, Geisha Line pourra toujours s'amuser à aller en regarder les plans sur ce site.



samedi 15 mars 2008

Voyager, c'est rencontrer

"Ouvrez un guide de voyage : vous y trouverez d'ordinaire un petit lexique, mais ce lexique portera bizarrement sur des choses ennuyeuses et inutiles : la douane, la poste, l'hôtel, le coiffeur, le médecin, les prix. Cependant, qu'est-ce que voyager ? Rencontrer. Le seul lexique important est celui du rendez-vous."

On lit ces quelques mots dans la fine écriture manuscrite de Roland Barthes reproduite à la page 27 de son génial essai sur le Japon, L'empire des signes (dont je reparlerai très bientôt). Voyager, c'est rencontrer. Certes. Mais rencontrer quelqu'un, ce ne peut être seulement échanger quelques mots avec un hôtelier ou un contrôleur de train. Est-ce même déjà partager une soirée avec un habitant de la région que l'on visite ? En fin de compte, peut-on vraiment rencontrer l'étranger ?

Je ne suis encore jamais allé au Japon. Depuis quelques semaines, je tourne autour de ce pays. Je le regarde de loin, l'observe avec curiosité sous le prisme de ses arts ou de ses écrits. Je m'approche tout doucement de ce pays inconnu. Je contemple la façon dont il se mire lui-même à travers les personnages de ses romans ou de ses films. Je suis spectateur. Un spectateur occidental, qui plus est. Je regarde ce pays d'Extrême-Orient avec ma culture de l'Ouest dont je ne peux véritablement me défaire tant cette culture a structuré non seulement ma façon de penser, mais aussi de voir et de sentir. Vu d'ici, ce que je lis du Japon me semble étrange. Quel drôle de pays où l'on fait tout à l'envers : conduire, écrire et lire ! L'envers est le Japon, comme si l'endroit était la France. Enveloppé par ma culture maternelle, j'en viens à croire que les choses ont un envers et un endroit. Il suffirait d'un pas pour imaginer qu'il y a un bon côté, et donc un mauvais et de vouloir moraliser le regard. D'autres ont commis de tels jugements avant moi...

Voyager, c'est rencontrer. Mais comment ferai-je, une fois sur le sol japonais, pour me quitter un peu moi-même pour entrer à la rencontre de l'autre ? Comment pourrai-je me déprendre de moi-même et de ma culture pour être à l'écoute de la culture étrangère que je connais encore si mal que je la considère simplement comme étrange ? Ma culture européenne est celle construite par le jugement prédicatif de la philosophie aristotélicienne : je vois l'existence comme un ensemble de réunions de sujet et de prédicat. Comment alors réussir à comprendre la culture bouddhiste comme une métaphysique sans sujet saisissant la chose comme événement ? Ma culture m'a appris à donner un sens aux choses en les rapportant à une transcendance. Comment alors imaginer une vie immanente où le dieu n'est pas un être au-dessus de tout ce qui existe ?

Voyager, c'est rencontrer. Il me semble qu'il n'y a rien de plus difficile à partir du moment où rencontrer c'est un peu se quitter soi-même pour s'ouvrir aux autres. Barthes, dans les premières pages de L'empire des signes dit ainsi que "le Japon l'a étoilé d'éclairs multiples" et "mis en situation d'écriture" : "cette situation est celle-là même où s'opère un certain ébranlement de la personne, un renversement des anciennes lectures, une secousse du sens, déchiré, exténué jusqu'à son vide insubstituable, sans que l'objet cesse jamais d'être signifiant, désirable" (page 14 aux éditions du Seuil). Il ajoute que l'écriture est un séisme qui fait "vaciller la connaissance, le sujet". Il n'est pas si facile d'accepter de se laisser ainsi vaciller dans l'inconnu et de remettre en question ses croyances qu'on tenait pour vérités. Voyager, c'est se rendre compte que l'existence ne s'arrête pas à ce qu'on en a vu jusque là dans la sécurité de sa culture d'origine. C'est changer le regard, modifier sa perspective.

(Pardonnez-moi d'être aussi philosophe aujourd'hui. Ça me prend, comme ça, parfois. Ça doit être une contamination de ma maîtresse, Geisha Line. Si ça vous prend la tête, j'essaierai de ne pas recommencer trop souvent, promis !)


samedi 8 mars 2008

Bientôt les sakura

L'Agence japonaise de météorologie a édité il y a peu la carte de floraison des cerisiers - les fameux sakura, quasi emblème du Japon. Chaque année, la météo prévoit au jour près sur tout l'archipel l'avancée de la floraison des cerisiers - le sakura zensen, front des fleurs de cerisiers. Les premières fleurs arrivent fin mars dans le sud, à Okinawa, puis remontent peu à peu jusqu'à arriver un mois plus tard dans l'Okkaido, faisant s'envoler sur leur passage une pluie de pétales (Sakura fubuki). Si on en croit la carte du site de la Japan Meteorological Agency, nous devrions atterrir sur le sol japonais juste pour la floraison (mais c'était prévu !) :
La floraison des sakura marque au Japon l'arrivée du printemps et, avec lui, la rentrée scolaire pour les enfants et le début de l'année fiscale pour les hommes d'affaires. Dès l'époque médiévale, c'était l'occasion de fêtes rituelles nommées hanami (signifiant littéralement "contempler les fleurs") qui marquaient le début de la saison de plantation du riz. L'élite impériale, puis les samouraï et les gens du peuple, se réunissaient sous les arbres en fleurs et mangeaient copieusement en buvant du saké. Aujourd'hui encore c'est l'occasion de pique-niquer en famille et entre amis dans les jardins fleuris. C'est une grande période touristique.

Naïvement, j'imaginais que s'il y avait tant de cerisiers au Japon les Japonais devaient se retrouver, au début de l'été, envahis sous les cerises. En fait, il ne s'agit pas de la même espèce que celle des cerisiers que nous avons en Europe. Le cerisier japonais le plus répandu est le Prunus serrulata, qui est un arbre d'ornement ne donnant pas de fruit comestible. Désolé, Maître Moun, tu ne pourras pas de régaler !

Le sakura est une fleur éphémère qui ne vit qu'une semaine à peine. L'arbre en fleur symbolise donc la beauté éphémère, à l'image de la vie humaine aussi belle et brève qu'une fleur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le sakura était devenu un symbole motivant les soldats : les aviateurs de l'armée nippone dessinaient des fleurs de cerisiers sur leur avion avant de partir en mission suicide ! Le gouvernement incitait à répandre la croyance selon laquelle l'âme des soldats morts au combat se réincarnait en fleurs de cerisiers.

Mais soyons moins guerrier et préférons la poésie. Dans les haïkus, on parle bien entendu beaucoup de fleurs. Curieusement, dans mon anthologie de haïkus de poètes classiques, il est surtout question de prunier :
Au clair de lune
le prunier blanc redevient
un arbre d'hiver
(Busson)

Sans doute parce qu'il y a plusieurs siècles c'était la fleur d'ume (prune) qui était admirée.

J'allais aux cerisiers en fleur
je dormis sous eux
tel fut mon loisir
(Busson)

J'attends de voir d'authentiques cerisiers fleuris pour les mettre en photo sur ce site. En attendant, pour ponctuer cette note fleurie, je me contenterai de vous offrir des fleurs françaises. Voici des magnolias en fleurs, surpris depuis la grille du ministère des Affaires étrangères, lors de ma promenade dominicale de la semaine dernière. Ils sont un peu en avance cette année, non ?
  • Plus d'infos sur les sakura, ici.
  • De jolies photos de cerisiers en fleurs à Kyoto, .


samedi 23 février 2008

Souvenirs, souvenirs

Pour l'instant, Maître Moun et Geisha Line n'ont pas trop mis la main au porte-monnaie pour préparer leur voyage au Japon. Afin de réserver les hôtels, ils se sont essentiellement contentés soit d'avoir au petit matin (décalage horaire oblige) des conversations surréalistes au téléphone, soit d'échanger des mails, dans un anglais approximatif. Ils ne savent pas trop s'ils ont bien été compris de leurs interlocuteurs et si, en arrivant à l'hôtel ou au ryokan il y aura bien une chambre pour eux, mais en tout cas ils ont parfois reçu un bon nombre de mails (un pour confirmer la réservation, un autre pour remercier d'avoir confirmé la réservation, puis encore un autre pour remercier d'avoir remercié au mail précédent... impossible de remettre en question la légendaire politesse des Japonais !).

Bref, quoi qu'il en soit, un moment viendra où il faudra sortir les gros billets (et comme 1 € = 160 yen, il va falloir un gros porte-feuille). Et rappelez-vous que ce voyage au Japon est le voyage de noces de Maître Moun et Geisha Line. Ce voyage, ils le feront grâce à l'argent offert par leurs invités le jour de la noce. Et comme leurs invités, c'est essentiellement vous, voilà, les déjà vieux mariés voulaient vous remercier et en profiter pour vous rappeler quelques souvenirs...

C'était le 1er avril 2006 et ce n'était pas un poisson d'avril : c'était ici.



vendredi 15 février 2008

L'itinéraire d'un mouton gâté

Après des soirées entières passées derrière l'ordinateur et/ou le nez dans les guides touristiques, on a enfin terminé d'élaborer notre itinéraire au Japon. Mes bipèdes ne passent pas par une agence de voyages (c'est trop cher), et se sont débrouillés tous seuls pour mettre au point leur trajet et faire les réservations des hébergements.

Voici, en avant-première, une esquisse de l'itinéraire prévu...

Départ le 28 mars de Paris et arrivée le lendemain à Tokyo. Rien de mieux qu'une petite nuit passée dans un avion pour arriver en pleine forme sur une terre inconnue, n'est-ce pas ? Heureusement pour moi, comme je suis petit et ne prends pas beaucoup de place, je devrais pouvoir aisément étendre mes jambes, contrairement à mes deux colocataires (d'où la supériorité du mouton en peluche sur l'homme).

Nous resterons jusqu'au 5 avril à Tokyo et dormirons au Kimi Ryokan. Nuits à la japonaise sur futon et salle de bain traditionnelle (collective), histoire d'être dès le départ dans l'ambiance. Comme nous aurons le Rail-Pass, qui permet de voyager en train sur un grand nombre de lignes, nous ferons certainement des excursions autour de Tokyo : Nikko, Fujisan ou Kamakura, Hakone...
Le 1er avril, mes bipèdes, qui sont de vrais blagueurs, ont prévu de me laisser tout seul à Tokyo pour aller fêter leur anniversaire de mariage dans une ville thermale (onsen) qui se trouve vers la montagne. Moi, les bains d'eau bouillante, ça ne me dit rien. Alors je les laisse se rendre en amoureux à Bessho Onsen et dormir dans leur ryokan. Pour ceux qui ne le savent pas, un ryokan est une auberge traditionnelle japonaise, avec tatami, shoji (portes coulissantes), yukata (kimono de coton mis à disposition par l'hôtel) et repas en demi-pension.

Nous quittons ensuite Tokyo en train à très grande vitesse (shinkansen) pour nous rendre à Kyoto où nous resterons six jours. Nous avons réservé une toute petite maison dans le quartier de Gion, quartier des Geishas ! Si nous sommes déjà las des habitudes japonaises, cela nous permettra de faire notre propre cuisine et de ne pas avoir à manger du poisson grillé au petit-déjeuner.


Grâce au Rail-Pass, nous ferons plusieurs excursions à la journée autour de Kyoto : le château d'Himeji, Nara, Kanasawa...







Ensuite, nous remontrons un peu vers le Nord pour passer une nuit à Nagoya, à 45 min en train de Kyoto. Nous aurons peu de temps pour visiter la ville, mais ce sera une étape sympa avant de gagner la montagne.


En effet, mes bipèdes ont l'idée saugrenue de s'essayer à la randonnée dans les montagnes nippones. Ils vont donc me traîner pendant trois jours dans la ville de Takayama, au cœur des Alpes japonaises où plusieurs sommets frôlent les 3 000 mètres. Pendant qu'ils iront tremper leurs pieds dans la neige (en avril, il devrait y en avoir encore en montagne), moi je pourrai rester au minshuku (c'est-à-dire à l'auberge) pour déguster les spécialités de la région : le saké qui me rendra d'humeur joyeuse, et le bœuf qui, paraît-il, est le meilleur du Japon. Le 15 avril, nous serons encore là-bas pour assister au festival du "Sannō Matsuri".
Après cet épisode montagnard, nous allons faire une bonne journée de train pour descendre vers une autre montagne, moins élevée en altitude, mais pas en spiritualité : le Mont Koyasan. Il s'agit d'un célèbre centre spirituel bouddhiste qui abrite un nombre impressionnant de temples (et donc de moines). Nous dormirons dans un temple et participerons à une partie du quotidien des moines : repas végétariens et réveil à 5 heures par le gong pour participer à la prière. Hum hum, je pense que je resterai caché dans le sac à dos d'un de mes bipèdes pour ne pas avoir à me lever si tôt !

Après avoir fait le plein de spiritualité, nous descendrons vers Hiroshima, ville tristement célèbre. Nous y passerons une nuit. J'espère que ce sera suffisant pour avoir l'occasion de goûter à l'okonomiyaki, sorte d'omelette/pizza/crêpe (tout ça à la fois) dont Maître Moun raffole.

Mes maîtres iront ensuite en face d'Hiroshima, sur l'île de Miyajima, dans la mer intérieure de Seto. C'est une île sacrée où il est interdit de naître et de mourir, et même d'abattre des arbres (mais à ma connaissance aucune interdiction n'est donnée concernant le broutage de l'herbe par les moutons irlandais, ouf !). Je pourrai me faire prendre en photo devant le célèbre torii, qui, dans la religion shintoïste, marque symboliquement l'entrée dans le monde spirituel. Nous passerons la nuit dans un joli ryokan.
Arrivé à ce moment du voyage, je devrais être devenu un mouton hyper méga zen. Hélas, cela sentira déjà presque la fin de notre périple. Nous remonterons en effet vers Osaka, pour y passer notre dernière nuit, avant de reprendre l'avion.

Voilà, vous savez tout. Je sais, vous êtes verts de jalousie parce que Maître Moun et sa femme m'ont choisi moi, vulgaire mouton, pour partir au bout du monde et leur servir de reporter exclusif, au lieu de vous. Mais que voulez-vous, la vie est faite d'injustices...

(c) des cartes : Japan-Guide.