jeudi 26 mars 2009

Pinocchio sur le Tokaïdo

Hiroshige, Sur la route du Tokaïdo
12e station : Numazu
"Le crépuscule" (Tasogare zu)

C'est le crépuscule. L'instant du soir où la lumière se fait lourde et grise, flirtant entre chien et loup.
Mais point de chien ni de loup ici - juste un visage monstrueux à nez immense. Le voyageur qui le transporte sur son dos se rend au sanctuaire shintô de Shikoku et a amené avec lui le masque porte-bonheur du génie chinois. A-t-il pour sa femme et son enfant qui marchent devant lui un voeu particulier à former ?

***
Sur la route du Tokaïdo, sous la lune qui donne au ciel un si joli bleu, je me demande comment je vais pouvoir continuer mon voyage imaginaire durant les trois prochaines semaines. Jeudi prochain, je ne serai pas devant mon ordinateur. Ou du moins, si je le suis, mon ordinateur ne sera pas ici, mais à plusieurs milliers de kilomètres de là. Bien plus près de la vraie route du Tokaïdo, mais également bien plus loin que le Tokaïdo imaginaire des estampes.

Alors, quand nous serons en Corée puis au Japon, que ferai-je de mes jeudi sur le Tokaïdo ? Je ne peux pas en même temps vivre le voyage réel et imaginer le voyage irréel ! Comment donc vais-je pouvoir franchir les 13e, 14e et 15e relais d'Hiroshige ?

mercredi 25 mars 2009

Le Visiteur du Sud

Monsieur Oh est Sud-Coréen. Il travaille dans le bâtiment et est envoyé en Corée du Nord pour installer des canalisations. Comme monsieur Oh aime bien dessiner à ses heures perdues, il en profite pour tenir un carnet de voyage sous forme de bande dessinée. Par de petites anecdotes racontées avec humour mais aussi sensibilité, monsieur Oh parle des mois qu'il a passé dans ce pays qui, malgré la proximité géographique et culturelle, semble si loin du sien : la Corée du Nord.
Le dessin est très simple, voire caricatural. Mais cette simplicité n'atténue en rien la profondeur du propos de cet album qui se situe entre le documentaire et le récit autobiographique. C'est une vraie incursion dans ce pays si fermé qu'est la Corée du Nord que j'ai fait grâce à monsieur Oh. Et ce que j'ai découvert est étonnant... et fait peur tout à la fois.
Pour aller jusqu'en Corée du Nord, monsieur Oh doit passer par Beijing, la Chine étant un des seuls pays à autoriser l'entrée en République populaire de Corée. C'est par le récit de ce détour absurde que commence l'album. Les pages suivantes nous montrent le regard du Sud sur le Nord. Ce qui est fascinant, c'est que monsieur Oh est à la fois étranger - aux yeux des habitants du pays, et par son regard lui-même qui s'étonne si souvent de ce qu'il voit - et en même temps proche de ce peuple qui, il y a quelques dizaines d'années, formait encore une unité. Le récit de monsieur Oh est souvent ironique : il a du mal à se résoudre à appeler Kim Jong-il "Cher Dirigeant" et ses collègues "camarades", ne comprend pas qu'on censure une de ses photos sous prétexte que les inscriptions officielles des monuments y sont légèrement coupées et rigole lorsque la douane croit que le plat pliant à patates qu'il transporte dans sa valise est un appareil perfectionné de télécommunication. Monsieur Oh déplore également les lenteurs et les incompétences du régime communiste, et est le témoin de l'extrême pauvreté de ses habitants.
Ce qu'il y a peut-être de plus frappant est le regard que les gens du Nord portent sur ceux du Sud... et vice-versa : un regard mêlé de racisme et d'un sentiment bivalent de supériorité/infériorité. On comprend que la scission du pays n'est pas seulement une histoire de politique mais qu'elle a façonnée les mentalités, tant le combat idéologique est fort et totalitaire.
Un album fort qui m'a fait un peu mieux comprendre cette mystérieuse Corée du Nord...

Le Visiteur du Sud (2 tomes)
Yeong-Jin Oh
Editeur : FLBLB
2008 (paru en Corée en 2004)


Carnet de route, version 2009

Saviez-vous que même sur le périph' parisien il y a des cerisiers en fleurs ? Si, si, la preuve ici, de l'autre côté du volant de Maître Moun : Des sakuras, il n'y en pas que sur le périphérique, il y en a aussi dans le tout petit jardin près duquel Geisha Line passe pour aller au bureau. Tous les jours, les fleurs sont un peu plus épanouies, surtout lorsqu'un rayon de soleil vient les chatouiller. Et tous les jours, Geisha Line peste de n'être qu'ici, là où les cerisiers en fleurs se comptent sur les doigts d'une seule main et où personne ne pense à les admirer et à les photographier... et non là-bas, où l'arrivée du printemps est une fête et où les admirateurs des sakuras n'en peuvent plus de s'exclamer devant la beauté des fleurs volantes.

Bon, là, c'était mon quart d'heure de poésie gratuite, juste pour vous dire que chez les Moun on a hâte d'aller là-bas, à l'extrême de l'Orient ! Mes maîtres râlent devant le temps qui passe, car ils se disent que le temps d'arriver vers ce fameux là-bas,les cerisiers ne seront plus en fleurs et la fête du printemps sera terminée...

Pourtant, il n'y a plus beaucoup de temps à attendre ! Dans une semaine jour pour jour, les Moun s'apprêteront à prendre l'avion. Oui, Maître Moun a enfin imprimé les billets d'avion et il n'y pas plus qu'à faire les derniers préparatifs, comme l'année dernière (sauf que, euh, on est un peu moins avancé à l'heure qu'il est !).

Histoire de patienter, voici en avant-première la feuille de route du voyage en Corée et au Japon des Moun, version 2009 :
- 1er avril : départ pour Séoul... et arrivée le lendemain dans l'après-midi
- Du 2 au 6 avril : Séoul, avec plusieurs excursions autour de la ville, dont probablement une journée près de la ligne de démarcation
- 7 avril : Andong (à confirmer ? on n'a pas réservé et on peut changer d'avis...)
- 8 et 9 avril : Gyeongju
- 10 avril : Busan
- Du 11 au 14 avril : île de Jeju-do, avec une nuit à Seongsan-ri (?) et deux nuits à Seogwipo. Il paraît que cette île est la Hawaï asiatique où tous les jeunes mariés viennent passer leur lune de miel. Cool !
- 14 avril au soir : on s'envole pour le Japon, direction Fukuoka !
- 15 avril : Nagazaki
- 16 avril : Beppu et ses sources de l'Enfer
- 17 et 18 avril : Aso pour faire un peu de randonnée
- Du 19 au 21 avril : Fukuoka...
... et retour à Paris, parce qu'il le faut bien !

Cet emploi du temps est le fruit de longs dimanches à feuilleter les Lonely Planet et à fréquenter les forums de voyage sur Internet. Mine de rien, ça prend du temps de préparer un tel voyage !

Chers lecteurs qui, peut-être, connaissez le Japon et/ou la Corée, avez-vous des suggestions à nous faire ? Ah, et puis, si vous habitez là-bas et que vous avez envie de rencontrer des petits touristes français, faites-nous signe ! On en serait ravis !

lundi 23 mars 2009

Les quatre saisons

Le printemps est revenu depuis quelques jours et, après un hiver qui semble avoir duré trois siècles, cela fait du bien de retrouver ce que le froid de l'hiver semblait avoir définitivement perdu : les jolies fleurs qui boutonnent timidement sur le balcon, les rayons du soleil qui sont plus nombreux et plus chaleureux et puis les jours qui, de semaines en semaines, deviennent un peu plus longs.

Il y a dans la culture asiatique une attention toute particulière portée à l'alternance cyclique des saisons. Récemment, les Moun en ont vu deux beaux exemples cinématographiques.

Le premier film est sud-coréen et est sorti en 2003 : Printemps, été, automne, hiver... et printemps. Avec un titre comme celui-ci, on ne peut pas trouver de symbolique plus claire ! En effet, tout le film est construit sur une large comparaison entre la succession des quatre saisons et l'évolution d'une vie humaine. On suit l'évolution d'un élève auprès de son maître bouddhiste. Lorsque c'est le printemps, l'élève n'est qu'un enfant d'une dizaine d'année. C'est la saison des apprentissages et de l'innocence. A l'été, l'enfant a grandi et est devenu adolescent : c'est la découverte de la passion et des tentations du désir. A l'automne, le jeune homme est adulte : colère et révolte lui font remettre en question l'enseignement de son maître. Lorsque l'hiver vient, l'homme, âgé désormais d'une quarantaine d'années, se repentit et acquiert la sagesse. Il est prêt désormais à devenir maître à son tour. Le printemps peut revenir... la relève est assurée.
A une narration construite sur la succession des saisons s'ajoute une parfaite unité de lieu : toute l'histoire a lieu dans un seul et même endroit - un tout petit temple flottant qui se trouve au milieu d'un lac, au coeur de la montagne. Ce lieu, magnifiquement filmé, est le troisième personnage de l'histoire. On le voit à travers les saisons, toujours flottant, sous les fleurs du printemps, les feuilles rougies de l'automne ou emprisonné dans la glace de l'hiver.
Évidemment, ce n'est pas un film d'action. Mais à aucun moment, je ne me suis ennuyé ! Le film est d'une grande délicatesse et offre une superbe vision de la philosophie bouddhiste et, plus largement, ouvre une réflexion sur le sens de l'existence et de l'expérience du temps.


Autre film construit autour de la succession des saisons, mais japonais cette fois-ci : Dolls de Takeshi kitano. Ce film est beaucoup plus noir et d'une construction plus complexe, comme souvent chez Takeshi Kitano (dont nous avons déjà parlé ici). Le film s'ouvre sur une longue séquence de bunraku. Le bunraku est un genre traditionnel japonais, aussi célèbre que le ou le kabuki : il s'agit d'un spectacle de marionnettes, né au XVIe siècle. Les grosses marionnettes de bois sont maniées par trois marionnettistes, dont deux sont cachés derrière une capuche noire. La scène de bunraku montre un couple d'amoureux. On comprend que leur histoire est tragique... mais il faudra attendre la fin du film pour mieux comprendre l'histoire de ces "mendiants enchaînés".
La suite du film raconte trois histoires : celle d'un jeune homme qui, le jour de son mariage, s'enfuit pour retrouver la fiancée qu'il avait quittée ; celle d'un chef yakuza qui retourne dans un parc retrouver son premier amour ; puis celle d'une jeune chanteuse pop qu'un accident de voiture a défiguré. Trois histoires, trois destins... trois fins tragiques, d'une grande dureté.
Bon, là aussi, le film raconté ainsi perd de sa force. Car ce qui m'a plu dans ce film, ce ne sont pas tant les histoires que la construction filmique. En lisant la quatrième de couverture du DVD, je m'attendais à trois courts métrages sans liens les uns avec les autres. Bien au contraire, il s'agit d'un film où ces trois récits sont tissés les uns dans les autres et non pas juxtaposés. On regarde les personnages évoluer d'une saison à l'autre - depuis les sakuras du printemps jusqu'aux feuilles multicolores des érables de l'automne. Ce qui fait l'unité de ces trois narrations est l'histoire fondatrice du couple de marionnettes de bunraku. Les deux amants hantent les images du film, croisent les autres personnages, marchant à travers les saisons.
Le film de Takeshi Kitano est d'une grande poésie, même s'il met souvent mal à l'aise. C'est l'histoire de la petite amie délaissée qui, pendant trente ans, attend chaque samedi son fiancé sur le banc du parc, qui m'a le plus touché.


Une scène du film Dolls



Printemps, été, automne, hiver... et printemps
Titre original : Bom yeoreum gaeul gyeoul geurigo bom
Réalisateur : Kim Ki-duk
2003


Dolls
Réalisateur : Takeshi kitano
2002

jeudi 19 mars 2009

Swapperies

Suite à sa première et dernière expérience swappesque, Geisha Line s'était dit que les swaps c'était sympas, mais bon... quand on n'a déjà pas le temps d'offrir des cadeaux à ses amis, pourquoi en donner à des inconnus ? On voit l'égoïsme de ma maîtresse, n'est-ce pas ?
Sauf que Geisha Line a craqué. Il y a quelques mois, un swap "littérature asiatique" était annoncé. Elle l'a découvert... et cinq minutes après elle était inscrite !
La swapeuse de Geisha Line a eu quelques soucis de santé. Du coup, Geisha Line a du faire preuve d'une qualité qui n'est pas du tout son fort : la patience. Mais ça valait le coup d'attendre ! Voici ce que notre chère gardienne a apporté dans un petit paquet samedi dernier. Tout ça :

Des livres (comme s'il n'y en avait pas assez à la maison), du thé à la rose venu de Chine, des baguettes qui forment de supers attache-cheveux, une jolie carte...
... et puis ce très joli badge aquarelle, fait main, avec sa petite étiquette ! Bravo !
Merci beaucoup à Noakeane !!!

Du coup, j'en profite pour mettre une photo du colis concocté par Geisha Line herself pour sa swappée :Vous noterez, entre autres, les pâtes au thé vert (j'aurais bien aimé goûter !) et la pochette origami fait main (ouf ! d'ici, on voit pas les défauts !)...
... et puis aussi les marque-pages avec du papier japonais, qui viennent caler les pages de ce super roman de Yoko Ogawa qu'un jour, peut-être, j'aurai le temps de chroniquer ici (l'espoir fait vivre).
Alors, Geisha Line, c'est vraiment ton dernier swap cette fois-ci ?