jeudi 8 octobre 2009

Chiffons

Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
40e relais : Narumi
"Spécialité d'Arimatsu-shibori" (Meibutsu Arimatsu-shiborii)

Parlons chiffon sur la route du Tokaïdo. Cette semaine, Geisha Line s'est fabriquée un nouveau sac en tissu japonais (des fleurs de couleurs vives sur un fond noir). Alors c'est pour elle le moment de jouer à l'élégante, comme cette voyageuse que l'on devine à peine dans sa chaise à porteur.
La boutique sur la côté gauche est spécialisée dans la teinture des étoffes. On aperçoit des kimonos bleu nuit accrochés à l'entrée. Mais on ne voit pas bien, c'est dommage. J'aimerais pouvoir entrer dans cette échoppe, toucher tous les beaux tissus et dire au vendeur, d'un air émerveillé, "ah, je ne sais lequel choisir !"

jeudi 1 octobre 2009

Soirée diapos !

Enfin, j'ai mis en ligne les photos du voyage en Corée du Sud et au Japon (Kyushu)... qui datent d'avril 2009.
Mieux vaut tard que jamais, comme on dit !

Pour la soirée diapos, c'est ici :

La vie est un voyage

« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans. C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole.
Écrit, à l’âge de soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard fou de dessin.
»

Katsushika Hokusai, Postface aux cent vues du mont Fuji.


Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
38e relais : Okazaki
"Le pont Yahagi" (Yahagi no hashi)


Hiroshige - Sur la route du Tokaïdo
39e relais : Chiryû
"Foire aux chevaux du début de l'été" (Shuka uma-ichi)


Au bout du chemin, il n'y a peut-être pas seulement la vieillesse. Mais aussi la satisfaction d'être enfin parvenu à la hauteur de soi-même.
Enfin peut-être.

jeudi 17 septembre 2009

Une histoire de voyage

Le temps passe vite : voici un autre jeudi déjà. Même si mon pas ralentit et doit ensuite s'accélérer, je continue mon voyage sur le Tokaïdo.
Ce que j'aimerais un jour, c'est écrire une histoire autour de ce voyage dessiné par les estampes d'Hiroshige. Une histoire pour mettre des mots sur ces images. Une histoire pour faire voyager dans le temps et dans l'espace - et puis dans le rêve aussi.
Mais pour le moment, je ne sais pas comment m'y prendre. Mettre mes mots sur ces magnifiques estampes, ne serait-ce pas présomptueux, voire blasphématoire ? Pourra-t-il y avoir un récit à la hauteur de ce merveilleux univers ?
Et puis aussi, plus concrètement, quel lien narratif pourrait lier toutes ces vues et donner au récit une unité ? Il faudrait inventer un personnage - un personnage extérieur qui rencontrerait tous ces voyageurs, toutes ces geishas, tous ces paysans, et, toujours cheminant, observerait tous ces paysages, franchissant des ponts et traversant des rivières.
Ce personnage verrait par la fenêtre des auberges des servantes servir des invités exigeants :
Hiroshige, Sur la route du Tokaïdo
36e relais : Akasaka
"Les hôtesses de l'auberge" (Ryosha shôfu no zu)

... ou bien il regarderait les pauvres gens s'incliner devant la procession d'un riche seigneur :

Hiroshige, Sur la route du Tokaïdo
37e relais : Fujikawa
"Tête de cortège" (Bôhana no zu)


Mais ce personnage-là, ce personnage qui verrait tout ça, jamais on ne le verrait. Il serait simplement un regard, une voix. Un regard et une voix à travers lesquels il faudrait pouvoir réussir à faire entendre le bruit des pas sur le chemin du Japon d'autrefois.


vendredi 4 septembre 2009

Les femmes

Hiroshige - Sur la route du Tokaido
35e relais : Goyu
"Les femmes qui arrêtent les voyageurs" (Tabibito tome-onna)

Qui a dit que le Japon est un pays sûr ? En tout cas, à l'époque d'Hiroshige, voyager ne semblait pas forcément une entreprise de toute sérénité !
Cette estampe est vraiment surprenante. Vous êtes simple voyageur sur le chemin du Tokaido et imaginez deux harpies qui sautent sur vous et se battent pour vous attirer dans vos filets ! Comment réagiriez-vous ? Les deux voyageurs ne semblent pas en mener large. Quant à la geisha sur la droite, elle ne dit rien, mais n'en pense pas moins. Avez-vous vu le mépris qui se dégage de sa posture ? Rien à voir avec la troisième figure féminine, à droite, à la fenêtre de l'auberge. A quoi rêve-t-elle ?
Hiroshige nous offre là une vision bien masculine de la femme. Je récapitule :
- les hystériques
- la hautaine
- la midinette qui attend le prince charmant
- la vieille servante au service de l'homme (la vieille dame près de la cuvette, tout à droite).
Et pendant ce temps-là, que font les hommes ? Les chanceux se font laver les pieds, tandis que d'autres se retrouvent victimes de la folie féminine. Les pauvres.